Emmaüs Europe

Régularisation des sans-papiers en Espagne : 500 000 raisons de célébrer pour Emmaüs !

Le 27 janvier le gouvernement espagnol a présenté un décret de régularisation de plus de 500 000 étranger·es en situation irrégulière. Cette décision politique vient après une campagne citoyenne dans laquelle Emmaüs Espagne s’est largement impliquée.

Rosa Gil, responsable du groupe Emmaüs Bilbao, témoigne pour nous redonner espoir : 

Les groupes Emmaüs en Espagne sont en fête. L’initiative législative populaire (ILP) pour la régularisation extraordinaire de centaines de milliers de migrant·es a été adoptée. De cette lutte collective, à laquelle nous avons activement participé, nous tirons une leçon fondamentale : le tissu associatif populaire est capable de transformer la réalité et d’ouvrir des brèches dans des systèmes qui semblaient jusqu’à alors immuables.

Le chemin a commencé en 2020, lorsque plus de 120 organisations de la société civile ont envoyé une lettre au gouvernement espagnol demandant une régularisation urgente et extraordinaire. À l’époque, on estimait que près de 800 000 personnes survivaient dans le pays sans droits fondamentaux, piégées dans l’irrégularité administrative. Des centaines de personnes se sont mobilisées devant le Parlement pour exiger un débat. Cependant, en septembre de cette année-là, la proposition a été rejetée. Même le Parti socialiste, qui était déjà au pouvoir, s’est appuyé sur le cadre du Pacte européen sur la migration et l’asile pour voter contre.

Loin de baisser les bras, la plateforme « Regularización Ya » (Régularisation maintenant !) s’est adressée au Parlement européen, qui a confirmé qu’il n’existait aucun obstacle juridique à la mise en œuvre d’une telle mesure. Ainsi, en 2021, des réunions ont été organisées afin de lancer une initiative législative populaire. Le processus n’a pas été facile : la proposition a été rejetée à plusieurs reprises jusqu’à ce que, en décembre 2021, la collecte officielle des signatures commence. En janvier 2022, une campagne nationale a été lancée, mobilisant des centaines de collectifs et de bénévoles. Parallèlement, plus de 80 motions de soutien ont été approuvées dans les mairies et au Parlement basque.

En décembre 2022, plus de 700 000 signatures ont été remises au Congrès, bien au-delà du minimum requis de 500 000. Finalement, en avril 2024, l’ILP a été admise à la procédure avec 310 voix pour et 33 contre, ces dernières provenant de l’extrême droite. Après des mois de blocage politique, l’initiative a finalement abouti, grâce à la pression exercée par PODEMOS, un petit parti politique mais très combatif.

Il est vrai qu’il y a eu une volonté politique dans la dernière ligne droite y compris de la part du gouvernement socialiste au pouvoir, mais sans la pression sociale, rien de tout cela n’aurait été possible. À un moment historique où le fascisme, le racisme et l’indifférence face à la souffrance humaine gagnent du terrain, le mouvement associatif de base a démontré sa force transformatrice.

Aujourd’hui, nous célébrons, mais nous prenons également un nouvel engagement : informer, accompagner et mettre toutes nos ressources au service de cette régularisation afin que personne ne soit laissé pour compte. La solidarité et la défense des droits humains se construisent grâce à un engagement commun. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons faire face au discours qui tente de nous faire oublier qu’à un moment donné de l’Histoire, nous avons tous·tes été des migrant·es.

 

Actualités Défense des droits humains / Migrations Espagne

Manifestation du 18 décembre 2025 à Bilbao à laquelle a participé Emmaüs. Sur les parapluies : “Aucun être humain n’est illégal” | Crédits : Emmaüs Espagne